Visite

Chantier innovant de déconstruction dans le cadre du projet ACMUTEP

Requalification d’un ancien site militaire de 40 ha sous forme de laboratoire chantier

A l’occasion de la réalisation du projet Transpolis sur son territoire, la Communauté de communes de la Plaine de l’Ain (CCPA) souhaite approfondir la réflexion sur la Ville de demain partant d’un double constat :

  • Nécessaire adaptation de nos villes aux enjeux de bien-être (climat, pollution sonore, accessibilité, nouveaux usages…) et d’attractivité
  • Nécessaire approche systémique/hybridation de l’espace public : en effet, ces espaces sont souvent vus de manière monofonctionnelle, ce qui aboutit à des aménagements surchargés, stérilisés et plus forcément adaptés aux nouveaux usages.

La proposition de la CCPA pour répondre à cet enjeu est de promouvoir la réalisation dans la Plaine de l’Ain d’une plateforme d’expérimentation, de démonstration et de formation dédiée aux innovations dans l’espace public qui concentrerait ses acteurs : le projet ACMUTEP (ACcélérateur des MUTations de l’Espace Public urbain, + d’infos ci-contre). Cette plateforme prendra place sur un ancien camp militaire, site aujourd’hui en déconstruction.

Durant la visite, les participants, accompagnés par la CCPA, le LabEx IMU, Indura, et l’entreprise SFTP, ont pu découvrir les innovations testées dans le cadre de ce laboratoire chantier au niveau du :

  • suivi et du pilotage du chantier (ex : identification des espèces invasives avec des drones, rencontre du volet artistique et scientifique du projet...) ;
  • procédé de démolition (ex : robot pour le désamiantage, enregistrement des nuisances pour différentes techniques de démolition, établissement d’un bilan carbone de la déconstruction, base vie décarbonée autonome...) ;
  • réemploi.

Une réunion de travail a ensuite été proposée pour réfléchir collectivement à des propositions pour :

  • moderniser l’aménagement économique qui sera réalisé sur une part du tènement qui devrait accueillir des acteurs proches de Transpolis (mobilité industrielle) ;
  • réhabiliter les bombardes : certaines poudrières, toujours en place, pourraient être réhabilitées ;
  • l’offre prévisionnelle du campus d’entreprises ACMUTEP.

IDfriches

Acmutep, qui s’étend sur une superficie totale de 37 ha (45 000 m² de bâtiments) fait partie des projets de réhabilitation de la friche du programme IDfriches mis en œuvre par la région Auvergne Rhône Alpes. « IDfriches est une action initiée par la Région Auvergne-Rhône-Alpes, financée par des fonds européens FEDER et portée par quatre réseaux professionnels : le pôle de compétitivité AXELERA, le cluster régional INDURA, le pôle de compétences et de ressources dédié au foncier, le CERF et Envirhônalp. A l’origine, un constat : L’Auvergne-Rhône-Alpes concentre 18% des friches industrielles recensées en France. Les professionnels d’IDfriches trouvent ensemble les solutions technologiques, organisationnelles ou financières qui permettent aux gestionnaires de friche de mener à bien leur requalification, dans un budget et un délai contrôlés. Depuis le lancement du projet IDfriches, 140 sites ont été identifiés et 25 projets de requalification ont été soumis à la Région. Ce qui représente 170 hectares de friches à requalifier. Depuis, 13 opérations ont déjà été financées pour leur caractère innovant, dont l’opération ACMUTEP situé sur l’ancien camp militaire des Fromentaux ».
+ http://idfriches-auvergnerhonealpes.net

Travaux de recherche avec le LabEx IMU

Le LabEx Imu mène différents travaux de recherche sur ACMUTEP :
- le studio « expériences sensibles » et son travail sur le camp des Fromentaux ;
- le projet POLLUX (pollution lumineuse).
Plusieurs autres projets sont en cours de montages dans divers domaines.

Le projet TRANSPOLIS

Le projet TRANSPOLIS, unique ville laboratoire en Europe, conduite par la SAS TRANSPOLIS (dont RENAULT TRUCKS, COLAS, AIXAM, VIBRATEC, EVE SYSTEM, ADETEL et l’Institut français des sciences et des technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux), situé sur une partie de l’ancien camp militaire des Fromentaux, vise à créer une plateforme technologique et d’expérimentation pour tester en conditions réelles des innovations en matière de mobilité urbaine durables et d’équipements de la route. Les 3 fonctionnalités sont : crash test des équipements de la route (glissière), comportement routier, tests de scenario de mobilité industrielle (bus et camions autonomes...).

Déconstruction et réemploi

60% des déchets produits actuellement en France étant des déchets de chantier, l’enjeu de la déconstruction est grand. L’objectif ici est de maximiser le réemploi des matériaux sur le site.

Deux types de pollutions sont présents sur le site : les traverses de chemin de fer (déchet toxique - 550 tonnes) et l’amiante des toitures fibrociments (500 tonnes). Un robot intelligent de désamiantage a ainsi été développé par SFTP. Celui-ci scanne la pièce en 3D. La zone à poncer est ensuite sélectionnée depuis l’ordinateur, puis le désamiantage est réalisé en autonomie par le robot. Celui-ci est ensuite rincé à l’eau pour être désamianté. En termes de finition, le robot ne peut traiter les zones situés à 10 cm du bas et du haut d’un mur.

Sur des constructions présentant exactement le même mode constructif, 20% de ces bâtiments ont été déconstruits suivant différentes techniques (classique, avec tranché autour du bâtiment, avec pelle équipée de godet) et des mesures des taux d’empoussièrement, de vibration et acoustiques ont été réalisées. L’enjeu est ensuite d’identifier la technique la moins impactante. Les résultats seront particulièrement intéressants pour les zones urbaines.

Afin de favoriser le réemploi, une plateforme de 1700 m² permet de stocker les matériaux de construction (béton, brique, terre...) avant et après le concassage.
Le devenir du site étant en construction, il est aujourd’hui difficile d’évaluer le potentiel des matériaux issus de la déconstruction. A titre d’exemple, les briques (non-concassées) sont en attente d’un usage particulier.
Par ailleurs, les bombardes (bâtiments sains avec charpente béton, toiture en tuiles, vide sanitaire, murs composés de 2 voiles bétons séparés par une lame d’air) seront en partie conservées.

Milieux naturels

Aucune étude d’impact n’a été réalisée sur le site en raison de l’absence d’un plan d’aménagement. Néanmoins, les pousses sèches ont été conservées (16 km de chaînette pour protéger ces espaces) et des hibernaculum ont été réalisés de manière préventive.

Localement, et pour lutter contre le développement de la renouée du japon dont la régénération a lieu par les rhizomes, la terre a été emprisonnée entre 2 couches de géotextiles sous 6 m de terre végétale. Il ne sera donc pas possible de construire sur cette zone qui sera plutôt occupée par une pelouse sèche.

Les anciens puits ont été conservés. L’eau est en particulier utilisée par les personnes en charge du désamiantage du site (économie d’eau). L’eau a également été rendue buvable grâce au module ZEST.

Un nid à chouette a été installé dans une bombarde.

Afin d’éviter le développement de l’ambroisie, faiblement présente sur le site, des fauchages préventifs sont prévus.

Drone

Un drone permet de délocaliser les réunions, de suivre l’avancée du chantier (1 passage par semaine), de cuber pour facturer les travaux de démolition, d’identifier les espaces invasives et pour la communication du projet.

Base vie de chantier autonome

Une base de vie chantier totalement autonome en milieu naturel a été mise en place. Développée par le groupe Brunet, elle est équipée d’un mat de télésurveillance, de générateurs photovoltaïques, d’un groupe électrogène en soutien, et de cubes pour permettre le stockage d’énergie, la régulation solaire, la conversion de l’énergie et la supervision pour gérer l’énergie. Une grande partie des consommations provient du mat de télésurveillance (fonctionnement 24h/24).