Restructuration et extension du Lycée Champollion à Grenoble

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Construit entre les années 1887 et 1957 par Joseph Auguste Emile VAUDREMER, le lycée Champollion se caractérise par son architecture puissante, dont les façades régulières rythment les axes des cours Lafontaine, Gambetta, Lesduigières et Sembat qui l’entourent.

Au cœur de ce bâtiment historique implanté sur une parcelle de 28.000 m2 et dont la géométrie et l’organisation en peigne en épouse la forme trapézoïdale, le projet de rénovation prévoit également la construction d’un gymnase et l’extension du service de restauration.
La restructuration des ailes historiques, permet la remise à niveau de l’internat, de la vie scolaire, de salles de classes, de la salle polyvalente et du CDI.

Les travaux permettront, à terme, la mise en accessibilité de l’ensemble du site. Les travaux sont organisées sur une durée de 48 mois et séquencées pour permettre le maintien de la capacité d’accueil de l’internat actuel et la continuité de service de la restauration pendant la construction de la nouvelle cuisine.

LA DIMENSION PATRIMONIALE

L’inventaire des Monuments Historiques ne protège pas ce bâtiment. Il est cependant répertorié comme remarquable et listé comme immeuble protégé (indice de protection A) dans le PLU de la Ville de Grenoble.
Des éléments remarquables sont également répertoriés dans l’inventaire général du patrimoine culturel de Rhône Alpes, document établi par la Région Rhône Alpes : l’escalier, le campanile, la galerie, l’édifice sportif.

Cohérence générale des existants et rajouts ultérieurs
Si la cohérence générale du bâti n’est pas à démontrer, on a parfois reproché à l’architecte une conception trop stricte, presque carcérale, de cet établissement.

Depuis sa construction, certaines parties ont déjà été modifiées :

  • Le long de la rue Lesdiguières, le préau a été remplacé par une salle de sport, dont la qualité de réalisation est très médiocre et le bâti fortement dégradé.
  • Les Ailes en peigne ont toutes été « rallongées » en pignon Sud. Ces rajouts aveugles coté rue ont visuellement fermé les cours les unes par rapport aux autres et participent à l’austérité du bâtiment lorsqu’on chemine rue Lesdiguières.
  • Les modifications de l’aile F ont été réalisées sans tenir compte du bâti adjacent : la toiture passe au travers d’anciennes fenêtres partiellement murées. Les auvents des différentes ailes se croisent ou se recoupent sans grande cohérence. Les auvents sont utilisés en abris poubelles et clos au moyen de grilles ou tôles métalliques disgracieuses.
  • La cour intérieure E sert de cour technique pour la cuisine, de parking pour le personnel et d’espace de transit pour les élèves qui sortent de la salle de restauration.
  • L’extension de l’aile G n’a fait l’objet d’aucune considération architecturale ni d’aucun respect du bâti adjacent.

Des coursives et escaliers extérieurs ont été rajoutés il y a quelques années, pour répondre aux exigences imposées par la sécurité incendie. La structure est métallique, les platelages en bois. Si les coursives sont assez discrètes et intégrées, les escaliers sont très imposants et disparates (carré, hélicoïdal, déporté…).

La construction du gymnase et de la cuisine /restauration
Le programme prévoit la construction de deux bâtiments abritant des espaces qui ne pourraient être installés au sein du bâti existant et faute d’espaces suffisamment grands : le gymnase et la cuisine / restauration.
Les autres entités du programme seront abritées dans les bâtiments « historiques », rénovés.
Ces deux bâtiments sont traités comme un ensemble cohérent :

  • volumes similaires et en rapport avec l’échelle des ailes de bâtiments existants,
  • hauteur similaire,
  • volumétrie et traitement de la toiture, plissé de zinc à joint debout, identique,
  • cohérence dans le traitement des façades Sud, à l’alignement des anciens pignons des ailes en peigne : celle du gymnase donnant sur la cour dédiée aux activités sportives et celle de la salle à manger et de la cuisine, donnant sur la future cour de service.
  • Leur installation au Sud Est du site permet de regrouper les espaces périscolaires, tout en conservant les alignements et la régularité du bâti.

Largement ouverts vers la Ville, ces nouveaux équipements permettent de retrouver un échange entre la rue Lesdiguières et le lycée et laissent apparaître, en transparence au travers des larges façades vitrées son activité. Depuis les étages abritant l’internat et les logements de fonction, les toitures des nouveaux bâtiments seront perçues comme de simples rehaussements du sol naturel, ouverts par endroits pour laisser pénétrer la lumière naturelle dans les espaces qu’elles abritent.

La volumétrie des ailes de bâtiment restructurées n’est pas modifiée, quel qu’en soit la destination. Les toitures, récemment rénovées, ne sont pas impactées par les travaux en cours. Les menuiseries, renouvelées, seront pour la plupart équipées de brise soleil orientables ; les impostes, droites ou cintrées, seront habillées de lambrequins en tôle métallique ciselée. Le motif de perforation décline le losange, que l’on retrouve sur de nombreuses allèges ou éléments de ventilation sous les rives de toits.
Un ravalement est prévu sur la totalité des ailes remaniées.

Matériaux / Modénature
Les façades existantes sont toutes en pierre, avec une modénature d’appareillage très présente. Certaines ont déjà fait l’objet d’un ravalement. Elles le seront toutes à l’issue des travaux.
Les appareillages de pierre ou de brique (en allège ou en rampant sous les toitures) seront conservés et remis en état au besoin.
Les extensions, pour leur partie visible et émergeante, seront construites avec une grande charpente bois, couverte de zinc à joint debout et habillée en sous face de panneaux bois. Les façades seront constituées de murs rideaux en bois/alu, très largement vitrés.
Volet paysager
Les gros arbres ont été largement abattus, laissant la place à quelques arbres d’alignement dans les cours B et C
Nous avons prévu d’arborer les espaces extérieurs en complétant les alignements d’arbres dans la cour C et en plantant de gros arbres le long de la rue Lesdiguières.

LE GYMNASE

Afin de minimiser l’impact du gabarit d’un gymnase dédié aux jeux de ballon sur les bâtiments existants, il est enfoui partiellement, au centre de l’une des cours ouvertes sur le Bd Lesdiguières.
Au-dessus du niveau du terrain naturel, les façades largement vitrées offrent un éclairage abondant de l’espace.
Les larges débords de toiture permettent de créer des préaux et de protéger la salle d’un ensoleillement direct.
Depuis les étages abritant l’internat, la toiture de ce nouveau bâtiment, vierge de toute excroissance ou équipement technique, apparait comme un origami de zinc, offrant l’illusion de flotter au vent. A l’extérieur, les larges débords de toitures forment les préaux du lycée.

Les banquettes béton, en pied de façades, à l’entrée du gymnase ou sous le grand préau au Sud, permettent aux élèves d’observer les rencontres sportives organisées plus bas, dans le gymnase.
Le volume enterré est construit en béton, cuvelé contre les remontées exceptionnelles de la nappe phréatique, sur radier.
Au-dessus du terrain naturel, la charpente bois, dont les fermes permettent de franchir plus de 20m, est revêtue d’une couverture en longues feuilles de zinc à joint debout, prépatiné rouge. En sous face, le faux plafond, miroir des facettes de zinc de la couverture, suit strictement la volumétrie en fuseaux de la charpente.
Les façades sont des murs rideaux bois/alu, positionnés de façon filante derrière la structure porteuse pour éviter tout pont thermique ou point faible en terme d’étanchéité à l’air. Les parements muraux intérieurs ont été choisis pour résister aux impacts des ballons, tout en habillant l’isolation thermique intérieure et participer au confort acoustique de la salle : panneaux de bois perforés et maille inox tendue sont calepinés sur la structure verticale des murs rideaux.
Le sol, pour que la salle puisse être homologuée, est un revêtement PVC « sol sportif ».

La configuration de ces volumes, partiellement enterrés, couplée au dimensionnements des auvents permet d’offrir un confort thermique exceptionnel aux usagers : l’air est naturellement tempéré l’hiver, frais l’été. Les ouvrants en façade sont utilisés pour le désenfumage, mais également pour ventiler la salle naturellement.

LA RESTAURATION

La nouvelle cuisine de production des repas, beaucoup plus vaste que l’actuelle, prend place dans la cour de service, trop exigüe. Les salle à manger sont organisées dans les ailes de bâtiment existantes et donnent sur la rue Agutte Sembat et sur la cour D. Le volume créé reprend l’alignement de l’aile F, déconstruite.
Les stationnements sont organisés en sous-sol, sous la cuisine, ce qui permet de libérer les cours, de les arborer et de les dédier entièrement aux élèves tout en travaillant une perméabilité visuelle avec la ville. L’installation de la nouvelle cuisine permet de servir 1700 repas/jour, destinés aux lycéens de Champollion mais aussi de Jean Jaurès et aux collégiens du quartier.
Tour de force d’un chantier mené en site occupé, la future cuisine est construite dans l’actuelle cour de service, sans perturber la production et la distribution actuelle des repas. La production se trouvera à terme en position centrale du pôle « restauration ». Les espaces de distribution, les salles de restauration et les laveries sont ainsi divisées en plusieurs ensembles, disposition qui permet de répondre aux variations d’effectifs entre les services du collège, du lycée, des internes matin et soir, qui oscillent entre 350 et 1450 repas. Les salles à manger occupent les rez de chaussée des Ailes Sembat et D, mais aussi deux mezzanines, qui se glissent sous le plissé de la nouvelle toiture. La profondeur de la nouvelle salle est compensée par un éclairage zénithal abondant : 3 pans de la charpente sont couverts de grandes verrières, qui permettent d’illuminer la salle, mais aussi de percevoir les façades des bâtiments historiques (l’internat surplombe la restauration) ou encore de ventiler et de désenfumer le volume.
L’intégralité des équipements techniques est installé dans le volume bâti, pour préserver volumétrie générale et la régularité de la toiture, mais aussi pour respecter le confort olfactif des personnels logés et des internes, qui résident juste au-dessus des cuisines ! Le principal enjeu dans le développement technique de cette intervention architecturale a été de conserver cette surface plissée, offrant l’illusion de flotter au vent, vierge de toute excroissance ou équipement technique.

L’INTERNAT

Ici, seule l’enveloppe des bâtiments historiques est conservée ; les planchers sont reconstruits, l’enveloppe est isolée par l’intérieur avec le plus grand respect de la nature des constructions existantes tout en atteignant un niveau BBC et les plateaux entièrement ré agencés. Les très grandes menuiseries extérieures, en bois, disposent désormais de vitrages performants thermiquement et adapté à l’exposition solaire de chaque façade. Les ouvertures sont équipées de Brise Soleil Orientables, dissimulés derrière des lambrequins en métal ciselé.
Les planchers sont reconstruits à l’identique, en bois, tout en respectant une stabilité au feu de 1h30 ou 2 h suivant les zones. Les ailes de bâtiments étant relativement étroites, la circulation ne dessert qu’une rangée de chambres. Mais elle bénéficie ainsi d’une abondante lumière naturelle.
Les chambres sont organisées en deux ensembles de trois lits, qui partagent une grande salle de bain centrale éclairée naturellement. Profitant de la très grande hauteur d’étage, les couchages sont pour partie disposés en hauteur, libérant ainsi des surfaces et linéaires importants, dédiés aux activités studieuses des élèves.

LA SALLE POLYVALENTE

La salle de sport historique, qui donne sur la cour d’honneur, est transformée en salle polyvalente.
Afin de pouvoir conserver l’intégralité de sa modénature, les menuiseries sont changées, mais le volume n’est pas isolé.
Les boiseries sont sablées puis repeintes. Les murs de façade sont purgés des enduits et peintures chargés en plomb et ré enduits.

LES ESPACES D’ENSEIGNEMENT

Les salles d’enseignement sont regroupées autour de la cour B et desservies par le prolongement de la coursive extérieure construite il y a quelques années.
L’aile BC, qui abritait jusqu’alors un des deux internats, fait l’objet de travaux de restauration lourde : purge et reconstruction des planchers, désamiantage, déplombage des façades, changement des menuiseries extérieures, reconstruction d’un escalier, distribution générale et finitions

ACCESSIBILITE ET SECURITE INCENDIE

La création de 3 ascenseurs permet de rendre accessible tous les niveaux du lycée aux Personnes à Mobilité Réduite, y compris les demi niveaux de l’aile qui abrite la salle polyvalente et le CDI
Certaines salles aménagées dans les combles ne sont pas desservies, mais le lycée offrant les mêmes salles en RDC, la notion d’accessibilité à l’ensemble des fonctions est respecté. Les nouveaux bâtiments, tout comme les ailes lourdement restructurées, sont conformes à la règlementation sur les bâtiments neufs.

L’organisation des pôles internat / restauration / vie scolaire et enseignement a permis de hiérarchiser les contraintes et de proposer au service de prévention du SDIS 38 :

  • La mise en place d’une deuxième voie échelle
  • L’augmentation de l’isolement au feu de la zone internat par rapport aux autres activités

En compensation de dérogations demandées sur :

  • la stabilité au feu des coursives ou des ailes de bâtiment non impactées par les travaux
  • la mise en place de détection incendie uniquement dans la zone internat

MONTAGE DE L’OPERATION Le (...)

MONTAGE DE L’OPERATION
Le programme initial portant essentiellement sur le volet « rénovation et mise en accessibilité » du lycée, la Maîtrise d’Ouvrage a organisé une consultation restreinte.
Le choix de notre équipe de Maîtrise d’œuvre a été fait, après sélection de 3 groupements, sur présentation et soutenance d’un mémoire technique et d’une offre financière. Aucune prestation graphique n’a été remise au stade de la consultation.
Les études d’Avant Projet nous ont permis, grâce à un partenariat étroit avec la Maîtrise d’Ouvrage, de préciser et de compléter le programme initial, pour garantir une plus grande cohérence dans les choix d’investissement.
La démarche BIM a également été proposée à la Région, qui rédigeait alors son cahier des charges destinés aux futures consultations de Maîtrise d’œuvre. Elle a été poursuivie jusqu’en EXE, avec les entreprises.

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Elisa Soria, architecte, Soria Architectes